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mardi 16 août 2011

Un nouveau défi pour le data-journalisme face à l'opendata ?

Le mot est de plus en plus à la mode sur l'internet. Data-journalisme ou comment faire un nouveau type de journalisme en croisant des données et informations publiques. Il est difficile de trouver une définition commune et acceptée par tous de ce que l'on appelle le journalisme de données.

Who'd Live in Stratford, Eh?
Source : DG Jones sur flickr (CC)

Caroline Goulard écrivait ainsi en 2010 que cette nouvelle forme de traitement de l'information avait 4 dimensions :
1- Compréhension : le data-journalisme permet de mieux comprendre le monde
2 - Personnalisation : le data-journalisme permet de personnaliser la vue sur le monde
3 - Investigation : le data-journalisme permet d'éclairer autrement le monde
4 - Participation : le data-journalisme permet de participer à la description du monde

Et elle concluait par une sentence selon laquelle "pas de datajournalism sans travail d’éditorialisation", en sachant que par éditorialisation, Caroline Goulard évoquait la "problématisation, inscription dans le débat public, storytelling, hiérarchisation, définition d’un angle de traitement de l’actualité et d’un message à délivrer. Vous remarquerez que l’esquive volontairement la référence au journalisme".

De son côté, sur le blog de l'Express, Eric Mettout annonçait même que le "data journalisme, c'est l'avenir en marche" avant de rappeler les diverses contraintes qui pouvaient apparaître au rédacteur en chef d'un journal classique. Une phrase de Nicolas Kayzer-Bril, citée par Nicolas Mettout, permet sans doute d'entrevoir ces nouveaux défis : "A terme, à mon avis, un journaliste va devoir un peu se transformer en chef de projet, pour savoir trouver les données et les mettre en forme".

Et finalement, c'est à l'étranger que ce journalisme de données a commencé à prendre ses lettres de noblesses. Notamment un média britannique s'est fait un spécialiste de ce travail à savoir le Guardian avec son site dédié au Data Journalism à la baseline ravageuse : facts are sacred.

Faisant récemment un bilan de ses deux années d'expérience, Simon Rogers du Guardian indiquait que "Le data journalisme ne se résume pas à des graphiques et à des visualisations. Le but est de raconter des histoires, de la meilleure façon possible. Parfois ce sera une visualisation ou une carte". Avant de conclure par "Faire du datajournalisme n’est plus exceptionnel, c’est désormais juste du journalisme".

En France, en janvier 2010, un article titrait que le data-journalisme peinait à se développer. Aujourd'hui, et après la mise en ligne par Wikileaks de nombreux câbles diplomatiques, la traitement de masse de ce type de données permet de plus en plus d'enrichir le travail des journalistes.

Mieux, de nombreuses voix notamment dans les sphères publiques s'élèvent en faveur d'une libéralisation de plus en plus forte des données, des fameuses données publiques - encore communément appelées opendata - afin de permettre la création de ces statistiques et autres cartographies.

L'obtention de ces données publiques pour le développement de la transparence et du journalisme est fort. L'un des besoins des spécialistes du data-journalisme est d'obtenir des "données pertinentes et incontestables" pour reprendre les termes de Nicolas Vanbremeersch.

En ouvrant encore plus l'accès à ces données collectées ou produites par l'Etat, les collectivités territoriales voire les établissements publics, on permettrait ainsi de donner de plus en plus de matière au traitement journalistique. Après, le périmètre devra être débattu. Inclura-t-il également les notes de frais des élus (comme cela a pu être le cas au Royaume-Uni entraînant une vague de démission ou comme cela est le cas dans certains pays nordiques comme la Suède) ou les versions complètes des déclarations publiques d'intérêts que doivent, d'ores et déjà, remplir certains experts (et qui sont appelés à se développer avec le nouveau projet de loi en faveur de la déontologie et la prévention des conflits d'intérêts).

Mais au delà du développement du data-journalisme parallèlement à une ouverture de plus en plus forte des données, une nouvelle question se pose. La même que celle régulièrement évoquée : le data-journalisme est-il du journalisme ?

Deux exemples pourraient être pris. L'un français, l'autre britannique.

Premier cas : la numérisation des lobbyistes

Prenons l'exemple français. Il s'agit de l'étude réalisée par le collectif Regards Citoyens à propos du lobbying auprès de l'Assemblée nationale. A partir d'une analyse des rapports parlementaires, le collectif a pu indexer et répertorier l'ensemble des acteurs ou représentants d'intérêts auditionnés par les parlementaires. Le résultat est réellement intéressant. Il permet de visualiser par thématique, quels sont les principaux types d'acteurs auditionnés, etc.

House of Commons Chamber
Source : UK Parliament sur flickr (cc)

Sur la base de ces données, le collectif a ensuite réalisé un certain nombre de conclusions.

Connaissant un peu le sujet, j'ai décidé de regarder attentivement ces conclusions. Le premier élément est d'ordre purement statistique. Lors de la remise du rapport, il apparaît que j'avais eu l'occasion de faire une apparition dans des auditions à l'Assemblée nationale moins d'une dizaine de fois en l'espace de trois années. Je tiens à rassurer mon employeur à ce sujet, ce n'est pas le cas.

En effet, les rapports parlementaires n'indexent que les auditions officielles, menées au nom d'une des commissions saisies pour examiner un projet ou une proposition de loi ou pour rédiger un rapport. Ces rapports sont un peu l'arbre qui cachent la forêt et notamment les rendez-vous, entretiens, discussions formelles ou informelles qui peuvent avoir lieu dans les couloirs du Parlement avec les députés ou leurs assistants parlementaires.

Deuxième exemple, l'analyse pointe une "quasi-absence des lobbyistes professionnels" puisque la "La présence des conseils privés en auditions ne représente que 1,03% des citations connues". Effectivement, on pourrait se dire que l'on est rassuré ou .. qu'au contraire, ces cabinets font bien leur travail. C'est à dire en avançant masqué.

Quel est le rôle de tels conseils privés ? Ils sont multiples. D'une part, ils peuvent servir à ouvrir les portes pour accéder à un parlementaire (ou à un cabinet ministériel). Usant de leurs réseaux, ils en font profiter leur client et décrochent un rendez-vous, un entretien ou une audition. Ensuite, ils peuvent également servir d'outil de veille en informant leurs clients de tel ou tel texte, de l'avancée de tel ou tel amendement voire des rumeurs circulant dans les couloirs du Parlement. Dernier rôle, celui plus proactif de jouer de leur réseau pour convaincre tel ou tel parlementaire ou groupe politique à soutenir un projet ou un amendement qui serait favorable à leur client.

Clairement ce rôle important des conseils privés ne peut apparaître au travers d'une simple analyse de la liste des participants aux auditions menées par les commissions de l'Assemblée nationale. Et ceci sans compter sur le fait que bien souvent présents lorsqu'ils accompagnent leurs clients en audition, leur nom n'est pas systématiquement repris dans la liste des personnes auditionnées.

Ici, la donnée a une limite. La donnée ne permet de dire que ce qu'elle répertorie. La donnée n'est pas universelle ou omnisciente. Et se focaliser sur cette information, sur la face visible de l'iceberg a pour effet bien souvent de masquer la réalité et donc l'information, à savoir ce qui n'est pas dans la donnée elle-même.

Deuxième cas : le traitement des émeutes britanniques

Le deuxième exemple sera lui britannique et notamment provient du Guardian. Comme indiqué plus haut, ce média est l'un des précurseurs dans le data-journalisme et pour lui les "faits sont sacrés".

poundland_peckham
Source : acute_tomato sur Flickr (cc)

A l'occasion des émeutes (ou violences) qui ont touché Londres et plusieurs villes britanniques, le Guardian a réalisé de nombreuses cartographies toutes aussi intéressantes les unes que les autres mêlant données statistiques de diverses natures.

Tout d'abord au lendemain des évènements, une première carte est publiée le 10 août 2011 qui mélange deux données : les lieux où se sont déroulés les violences et le niveau de pauvreté de ces quartiers.

L'analyse semble évidente : les violences ont eu lieu dans les quartiers où le niveau de pauvreté est le plus élevé. L'auteur de la carte est moins catégorique, il pose uniquement la question d'une éventuelle corrélation, mais dont la réponse devient positive dans les commentaires des internautes.

Quelques jours plus tard, les autorités de police britannique procèdent à de très nombreuses interpellations. Et débute alors un réel marathon judiciaire, les juridictions fonctionnant 24h/24h afin de juger les auteurs des violences et autres vols. Les journalistes suivent ces condamnations et notamment obtiennent une nouvelle source de données : l'identité des auteurs.

Quand on parle d'identité, on vise ici le nom, le prénom, la date de naissance et le lieu de résidence. Ces informations sont même diffusées - accompagnées de la condamnation- sur le fil twitter de la police.

Sur la base de ces éléments, une nouvelle cartographie est alors réalisée par le Guardian. Il s'agit ici de coupler le lieu des violences commises (identifié notamment à l'aide de la vidéo surveillance) et le lieu de résidence des auteurs des violences. Si la BBC annonçait ainsi que 70% des émeutiers n'avaient pas agi dans leur quartier, le Guardian démontre qu'il y a eu effectivement des déplacements de nombreux auteurs de violences mais sans doute dans une proportion moindre.

Et donc, à partir de là, que penser de la première cartographie du Guardian ? S'il est vrai qu'une partie des auteurs de violence se sont déplacés dans d'autres quartiers, quelle corrélation est-il encore possible de faire entre le niveau de pauvreté dudit quartier et la présence de violences ?

Cet exemple est révélateur d'un autre élément. La donnée est froide et impersonnelle. La donnée en elle-même ne donne pas d'analyse. Elle n'a pas de recul. La donnée n'est pas vivante ou animée d'une âme quelconque.

C'est alors qu'entre en scène le travail du journalisme qui va donner à cette donnée l'analyse, la profondeur nécessaire permettant de la comprendre, de la mettre en perspective par rapport aux lacunes qu'elle peut présenter. Car effectivement, mettre en lien le lieu des évènements avec le niveau de pauvreté est compréhensible. Mais sans l'information complémentaire, à savoir "qui est l'auteur des évènements", la cartographie finale, l'information finale se trouve alors viciée et détournée de son origine première.

D'autres exemples pourraient être pris. Notamment comme ce travail d'analyse sémantique des mots les plus fréquemment utilisés dans des câbles de Wikileaks. Mais derrière, et l'auteur l'indiquait clairement, ce n'était qu'un bref aperçu de ce qu'il était possible de faire.

Car au delà de l'analyse sémantique pure des données, une seconde analyse est alors nécessaire. Celle qui mettra en perspective la donnée et qui lui donnera une vie, dépassant sa nature première.

Ce travail autour du data-journalisme pourrait reprendre une des formules des fondateurs de Google utilisée pour définir le moteur de recherche : "Être le relai de toute l'information du monde".

Ici, le journalisme de données se fait le relai de cette information. Mais l'un des enjeux dorénavant du data-journalisme est de dépasser la simple mise en forme des données. Le réel enjeu et qui participera également au soutien à l'opendata, sera la manière dont les résultats d'une mise en forme de ces données seront exploités sur le plan du traitement de l'information.

Le plus difficile sera alors pour le data-journaliste de ne pas raconter ce que dit la donnée, mais bien de lui faire avouer ce qu'elle ne dit pas.

lundi 15 août 2011

Le grand absent des programmes des présidentielles: la eDémocratie

Le 14 août 2011, une tribune de Matthieu Aurouet dans Marianne2 s'interrogeait sur l'avenir du mouvement des Indignés. Revenant sur les solutions possibles, l'auteur propose une 3e voie, une voie intermédiaire afin de capitaliser sur l'apport de ce mouvement.

24J - Asamblea de estrategias
Source : empanada_paris sur flickr (CC)

Pour lui :
Les Indignés pourraient aller plus loin que la pression de masse que lui dicte la première voie esquissée ici. Il pourrait aussi élaborer son propre programme politique sans être pour autant un parti. Le mouvement aurait des sections nationales libres mais en contact entre elles, avec une ambition commune : ré-intellectualiser la politique en réexplorant le domaine du possible, le volontarisme chevillé au corps.
et
Plus encore, il chercherait à approfondir la démocratie en dépassant l’élection. Il s’agit ici de promouvoir le tirage au sort comme nouveau mode de participation à la vie publique, de le penser et de se battre pour son triomphe, afin que les hommes et femmes du vieux continent ne soient pas condamnés à vivre la démocratie en spectateurs /consommateurs.
La conclusion de l'auteur invite à plusieurs réflexions.

La première vient des différences fondamentales qui peuvent exister entre le mouvement des Indignés tel qu'il s'est déployé en Espagne ou même en Grèce et celui que l'on a pu voir, difficilement, émerger en France. Les fondements n'étaient pas les mêmes et surtout les revendications vis-à-vis de l'organisation politique n'étaient pas les mêmes.

L'Espagne et la Grèce ont un point commun. Ces deux pays sont passés par de longues périodes de dictature (Franco d'un côté, les Colonels de l'autre) empêchant aux divers partis politiques ou organisations professionnelles de se développer. Surtout, une défiance a pu naître chez les citoyens vis-à-vis de ces structures politiques et syndicales dont certaines pouvaient être regardées, après le retour de la démocratie, comme trop proches du pouvoir ancien.

Cette réaction est aujourd'hui la même en Egypte ou même en Tunisie avec une contestation populaire à l'encontre des partis ou syndicats trop proches alors des pouvoirs en place avant les révolutions arabes.

Et naturellement, les citoyens espagnols (ou même grecs) n'ont pas forcément donné aux intermédiaires politiques le même niveau de confiance (et de défiance) que celui que les citoyens français donneraient à leurs partis politiques et syndicats. En France, une partie des acquis sociaux (comme par exemple les congés payés) provient du Front populaire et de l'action d'intermédiaires politiques en faveur des citoyens. En Espagne, les grandes grèves générales n'ont pas été décrétées par des partis ou des syndicats mais par les citoyens eux mêmes.

Cette place des intermédiaires est déterminante dans le mouvement des Indignés qui se positionne comme apolitique et asyndical. Et surtout, il paraît difficile de généraliser ou de globaliser une approche ou des solutions face à des mouvements de nature locale qui peuvent reposer sur une structuration politique totalement différente d'un pays à un autre. Une simple conversation avec des participants au mouvement des Indignés en France ou même en Espagne permet à la fois de voir des points communs, mais aussi de profondes différences.

Bien souvent, en France, le mouvement des Indignés est résumé comme un regroupement de jeunes libertaires, de personnes membres de partis d'extrême gauche ou de personnes souhaitant une refonte totale des institutions. La réalité est tout autre et l'on peut trouver également des personnes âgées, des étudiants, des travailleurs, des jeunes et des plus vieux, avec ou sans emploi. Ces personnes aspirent à une place plus importante du citoyen.

En Espagne, le mouvement est tout aussi disparate, mais on rencontre rapidement des personnes qui vont  vous parler de leurs difficultés. Ici des personnes ayant un travail mais qui ne touchent plus aucun salaire depuis plusieurs mois car leur employeur, collectivité publique notamment, est tellement endetté qu'il n'est pas en mesure de verser les salaires. Là, ces personnes qui ont vu leur bien immobilier être saisi par les banques et qui se retrouvent malgré tout tenus de continuer à rembourser un prêt pour un bien qu'ils ne possèdent plus. Une des conséquences de la fameuse crise des subprimes datant maintenant d'il y a 3 ans.

Rapprocher Citoyens et Politique(s)

De manière générale, le discours commun qui revient dans les divers mouvements des Indignés est la distance qui s'est creusée entre le lieu de prise de décision politique, en particulier les Parlements nationaux, et les citoyens eux-mêmes. La question de la dette publique en est un bon exemple : les pouvoirs politiques sont incapables d'expliquer aux citoyens les raisons de la dette publique ; les citoyens se retrouvent donc en opposition face à une décision "venue d'en haut" leur demandant de participer au remboursement de cette dette, bénéficiant notamment à des banques étrangères.

19 juin 2011 - La #FrenchRevolution défile à Paris
Source : empanada_paris sur flickr (CC)

Dans sa Tribune, Matthieu Aurouet propose que le mouvement des Indignés prépare une sorte de programme politique d'un nouveau genre destiné également à inciter l'ensemble des acteurs, chaque citoyen, à reparticiper à la vie politique. Et d'inviter également le mouvement à se structurer en sections locales et nationale.

Seulement, est-ce cela qui doit être la première étape ? Ne faudrait-il pas d'abord réfléchir à la manière de rapprocher citoyens et prises de décision politique ? Ne faudrait-il pas réfléchir à de nouveaux outils de débat public destinés à la fois au monde politique (afin qu'il explique les décisions prises) et à chaque citoyen (capable alors d'y réagir) avant de structurer plus largement les personnes y participant.

En trouvant ces nouveaux outils, sans doute alors que le schisme qui s'est creusé entre les divers acteurs de la vie politique sera peut être amené à se réduire. Sans doute pas à disparaître, mais du moins, on pourra envisager de rapprocher ces deux mondes. Rares sont les lieux où des politiques sont en mesure de dialoguer avec des citoyens lambda, de pouvoir écouter leurs attentes, de pouvoir - voire de devoir - justifier leur décision politique prise sur tel ou tel sujet.

Les technologies actuelles ont permis de faire quelques pas. Ne doit on pas en profiter pour aller plus loin ? L'opendata est devenu un sujet à la mode, relancé sans nul doute par le choix de l'administration américaine de diffuser encore plus largement des données. Mais finalement ne risque-t-on pas de créer de nouvelles frustrations chez les citoyens ? En leur donnant accès à de plus en plus de données mais sans pour autant leur permettre de réagir à ces données, quelle sera la réaction du citoyen ?

Sans doute que cette évolution sera longue et périlleuse en France.
Sans doute qu'on sera capable de la voir émerger plus rapidement dans d'autres pays européens.

Preuve en est : dans les programmes tant de l'UMP que du PS pour les prochaines présidentielles où aucun mot n'apparaît sur la manière dont les nouvelles technologies pourraient être utilisées pour améliorer la démocratie. La edémocratie semble, à la lecture de ces programmes, se confondre dans la simple mise à disposition de données publiques.

Créer, innover, ré-inventer de nouveaux outils

Des outils de débat public existent. Quel rôle attribuer à la Commission nationale du débat publique ? Quelle fonction donner au Conseil économique et social censé représenter la société civile ?

La #FrenchRevolution reprend la Bastille
Source : empanada_paris sur flickr (CC)

Georges Bernard Shaw, l'auteur du mythique Pygmalion, rappelait une triste réalité : "La démocratie est une technique qui nous garantit de ne pas être mieux gouvernés que nous le méritons". Est-ce parce que nous ne connaissons pas et que nous n'avons pas appréhendé les outils actuels que nous ne pourrions avoir mieux ?

Un exemple : qui se souvient de la réforme constitutionnelle de 2008 sur la pétition citoyenne ? Citons juste le texte de l'ordonnance relative au CESE (Conseil économique, social et environnement) :
Art. 4‑1. – Le Conseil économique, social et environnemental peut être saisi par voie de pétition de toute question à caractère économique, social ou environnemental.
La pétition est rédigée en français et établie par écrit. Elle est présentée dans les mêmes termes par au moins 500 000 personnes majeures, de nationalité française ou résidant régulièrement en France. Elle indique le nom, le prénom et l’adresse de chaque pétitionnaire et est signée par lui.
La pétition est adressée par un mandataire unique au président du Conseil économique, social et environnemental. Le bureau statue sur sa recevabilité au regard des conditions fixées au présent article et informe le mandataire de sa décision. Dans un délai d’un an à compter de cette décision, le Conseil se prononce par un avis en assemblée plénière sur les questions soulevées par les pétitions recevables et sur les suites qu’il propose d’y donner.
L’avis est adressé au Premier ministre, au président de l’Assemblée nationale, au président du Sénat et au mandataire de la pétition. Il est publié au Journal officiel.
A ce jour, ce droit de "pétition citoyenne" n'a semblé avoir été mis en oeuvre qu'une seule et unique fois. En effet, selon le CESE, par un communiqué de presse du 1er avril 2011 , le collectif Autisme a annoncé vouloir saisir le CESE pour "évaluer la situation économique" de la prise en charge de cette maladie jugée "désastreuse". Malgré un site internet, et près de 40 millions de Français connectés à internet, le seuil des 500.000 signatures ne semble pas avoir été atteint.

D'autres mécanismes existent. On pourrait prendre l'exemple islandais même si dans la réalité, l'apport d'internet à la réforme constitutionnelle est plus contrasté. Mais clairement, c'était une première étape et internet peut faire naître de nouveaux outils. Certains demandent à être améliorés. D'autres sans doute à être inventés.

Si tous les candidats s'accordent pour une amélioration des politiques publiques en matière d'opendata, aucun ne semble aujourd'hui avoir fait de propositions pour que le citoyen puisse directement, ou même indirectement, participer à la vie publique. Seulement, c'est cela le défi du numérique pour demain. Il ne s'agit pas seulement de garantir un développement du numérique sur tout le territoire. C'est aussi permettre à chaque personne de s'approprier l'outil internet. Et quel meilleur moyen que de créer une interaction dans la vie publique ? Même le Conseil d'Etat dans son dernier rapport ne s'y est pas trompé et invite à une vraie réflexion sur une nouvelle forme de consultation et de participation à la prise de décisions publiques.

Edouard Herriot disait une chose très belle dans ses Notes et Maximes: "La démocratie est une bonne fille ; mais pour qu'elle soit fidèle, il faut faire l'amour avec elle tous les jours."

Au boulot, donc.